Quelques notes historiques...
Lorsqu'on accède à
Grez par la route venant de
Moncourt, on embrasse d'un même regard les trois monuments anciens de Grez datant de la période médiévale. D'abord le Vieux Pont de pierre qui enjambe le Loing, puis sur la gauche, les ruines de
la tour de Ganne et l'Eglise, lieux que vous découvrirez lors d'une promenade - découverte qui vous est proposée dans ce livret.
Si le village est d'une taille modeste en nombre d'habitants - 1286 au dernier recensement, il s'étend sur 1297 hectares et a une
longue histoire puisque le site était déjà occupé aux temps préhistoriques.
Les grandes migrations des troupeaux de rennes entre la
Dordogne et la
Scandinavie, passent alors par Grez.
La présence gallo-romaine
Sur la rive gauche du Loing, le site d'une ville gallo-romaine importante avait été mis à jour : plan rectangulaire avec abside orientale semi-circulaire, conduits de chauffage au sol par hypocauste, l'ensemble étant tout à fait identifiable comme appartenant à une importante exploitation agricole.
Ce site a malheureusement été recouvert depuis.
Par ailleurs, des
sarcophages gallo-romains ont été découverts en 1885 dans le sol de l'ancien cloître devenu cour d'école.
Le village médiéval
Le village de Grez occupait au Moyen-Age, une place importante entre la route signalée par les bornes royales à fleur de lys toutes les lieues et la rivière du Loing, voies par lesquelles transitaient les marchandises à destination de Paris : bois, pierres de Grez, céréales, etc.
Du village médiéval, outre les trois monuments dont l'Eglise et les ruines de la
Tour de Ganne, classés monuments historiques en 1887, il ne subsiste aujourd'hui que les caves du centre du bourg, caves voûtées aux escaliers de pierre dont certaines très remarquable.
Les colonies artistiques de Grez-sur-Loing
Grez-sur-Loing fut, à partir de 1860, le théâtre d'une intense activité artistique à l'instar d'autres villages d'Ile-de-France.
Le nom de Grez est mieux connu des amateurs de peinture de plein air du XIXème siècle dans des pays aussi divers que les pays Scandinaves, le Grande-Bretagne, le Japon ou les Etats-Unis. En effet, à cette époque, les jeunes artistes venaient du monde entier étudier dans les
ateliers parisiens. Dès les beaux jours, ils désertaient la capitale afin de peindre sur le motif.
C'est ainsi que Grez devint un lieu de
séjour prisé de ces artistes désargentés, attirés par la proximité du chemin de fer. Ils étaient chaleureusement accueillis dans les deux auberges situées au bord du Loing : l'hôtel Beauséjour, devenu par la suite Pension Laurent et l'hôtel Chevillon, au pied du vieux pont, aujourd'hui siège d'une fondation suédoise, la Fondation Chevillon.
"Ce vieux pont, accroché sur les cimaises du monde entier..."
Ainsi s'exprimait
Robert Louis Stevenson, l'auteur de l'Ile au Trésor, venu rejoindre son cousin le peintre écossais R.A.Stevenson. Il séjourna à Grez à plusieurs reprises à partir de 1875. Il y rencontra sa future épouse, l'artiste californienne
Fanny Osbourne.
"Ce vieux pont" fut effectivement - et demeure - le thème de nombreuses oeuvres.
Outre ces monuments anciens, ce qui semble-t-il, séduisait avant tout ces artistes, c'est la lumière exceptionnelle rendue par la présence simultanée de l'eau et de la forêt toute proche. Le mot d'ordre courait d'atelier en atelier "venez à Grez, venez à Grez".
L'un des premiers à découvrir ce site fut Jean-Baptiste Corot, dont le "Pont de Grez" date de 1860.
Il y revint à plusieurs reprises mais Grez reçut la visite d'autres artistes français dont Caran d'Ache, Maurice Lacarrière, Olivier de Penne, Maurice Jacque et Jean Charles Cazin qui y entraîna sans doute les premiers artistes étrangers. Léon Delachaux, après de longs séjours aux Etats-Unis vint à Grez et s'installa en achetant le Moulin de la Fosse.
A partir de 1870 arrivent d'importantes colonies d'artistes étrangers.
Les années 70 furent marquées par la présence des américains et des britanniques.
Certains américains partagèrent leur temps entre
Giverny,
Pont-Aven et
Grez : ce fut le cas notamment des Frères Harrison, de Francis B. Chadwick et de son épouse, l'artiste suédoise Emma Löwstädt, Clifford Grayson, William L. Metcalf, Guy Maynard, John Singer Sargent, Hamilton...
Théodore Robinson, futur gendre de Claude Monet, résida également dans ce village. Robert Vonnoh fut un habitant assidu de Grez ; il y avait d'ailleurs loué une maison. Une exposition intitulée "Grez days, Robert Vonnoh in FRance" eut lieu à New-York en 1987.
Le
musée d'art américain de
Giverny possède des oeuvres grézoises de Vonnoh, Birge Harrison, Hamilton.
Les sujets britanniques furent nombreux à apprécier les charmes du village : parmi eux on retiendra certains noms. Sir John Lavery dont le pont de Grez a été vendu chez Christie's en 1998, la modique somme de 1 300 000 livres (soit 13 000 000 francs). Frank O'MEARA qui séjourna de nombreuses années à Grez comme en témoigne l'exposition qui s'est tenue à Belfast en 1988 "Frank O'Meara and his contemporains", exposition consacrée aux oeuvres réalisées à Grez. Stott of Odham dont l'oeuvre grézoise vient de faire l'objet d'une thèse à l'université d'Oxford et Arthur Heseltine qui s'installa par la suite, définitivement à Marlotte.
Les années 1880 virent arriver la colonie des artistes scandinaves : les précurseurs furent les peintres norvégiens Christian Skredsvig et Christian Krohg, vite rejoints par le suédois Karl Nordström qui à son tour invita Carl Larsson. Ce dernier y rencontra sa future épouse, l'artiste Karin Bergoo, présente avec son amie Julia Beck. Il lui demanda sa main sur le vieux pont. Suzanne leur première fille naquit à Grez.
Ils furent rejoints par Bruno Liljefors, Ernst Lundström, Oscar Björck, Peter Kroyer... et par l'écrivain August Strindberg accompagné de sa famille. C'est à cette époque que F. B. Chadwick et son épouse achetèrent la pension Laurent pour y accueillir les artistes et y résider définitivement.
En 1991, une exposition "les peintres de l'Ecole de Grez, Art suédois en France" se déroula tout d'abord en Suède, puis au Centre Culturel Suédois de Paris.
Les années 90, elles, furent japonaises ; ce ne sont pas moins de 20 peintres nippons qui demeurèrent à Grez durant cette décennie. Le premier fut Kuroda dont l'influence sur l'évolution de la peinture japonaise fut par la suite décisive. Quant au grand impressionniste Chu Asaï, ses oeuvres représentant l'église, le pont bien sûr, et les sites champêtres sont légion.
A la fin du XIXème siècle, le peintre canadien William B. Blair qui avait séjourné avec son épouse, la sculptrice Caroline Benedicks, à de nombreuses reprises à Grez, auprès de ses amis scandinaves entre autres, fit découvrir Grez à l'artiste allemande Jelka Rosen. Séduite, cette dernière acheta une propriété où elle vécut avec son époux, le compositeur anglais Frederick Delius, jusqu'à la disparition de ce dernier, en 1936.
Une tradition artistique qui perdura au XXème siècle.
Si les colonies d'artistes étrangers se raréfièrent au tournant du XXème siècle, la vie artistique n'en demeura pas moins très active. Il n'est que de voir les nombreux tableaux représentant le village, d'artistes comme Jacques Schultz-Dal, Raymond Charpentier ou Gabriel Fournier, Maurice Martin ou Fernande Sadler.
Aujourd'hui encore, Grez abrite des peintres qui ont élu domicile dans ce village tranquille.